J’ai eu envie de vous proposer ce dialogue comme article sur le blog car pour moi, il résume l’esprit du coaching, celui que je pratique.
Je pense que chacun détient au fond de lui, la réponse à ses questions, les ressources pour résoudre un problème et que parfois il n’arrive pas à les visualiser ou peut-être les voit-il mais il ne peut les accepter.
Le coach va donc, à travers ses questions lui permettre de conscientiser, d’accepter ? Ses solutions à ses problématiques. Moi coach, je ne sais qu’une chose : les bonnes questions à poser. Mais je ne sais pas où elles vont mener, seul le coaché le sait...

La maïeutique : extrait de l’ouvrage de Platon « Théétète », relatant un dialogue entre Socrate et le mathématicien Théétète dont voici un extrait où Socrate expose à Théétète son art de la maïeutique, littéralement « L’art d’accoucher les esprits ».

Théétète
— Mais sache-le bien, Socrate, maintes fois déjà j’ai entrepris cet examen, excité par tes questions, dont l’écho venait jusqu’à moi. Malheureusement, je ne puis ni me satisfaire des réponses que je formule, ni trouver, en celles que j’entends formuler, l’exactitude que tu exiges, ni, suprême ressource, me délivrer du tourment de savoir.

Socrate
— C’est que tu ressens les douleurs, ô mon cher Théétète, douleurs non de vacuité, mais de plénitude.

Théétète
— Je ne sais, Socrate, je ne fais que dire ce que j’éprouve.

Socrate
— Or çà, ridicule garçon, n’as-tu pas ouï dire que je suis fils d’une accoucheuse, qui fut des plus imposantes et des plus nobles, Phénarète ?

Théétète
— Je l’ai ouï dire.

Socrate
— Et que j’exerce le même art, l’as-tu ouï dire aussi ?

Théétète
— Aucunement.

Socrate
— Sache-le donc bien, mais ne va pas me vendre aux autres. Ils sont, en effet bien loin, mon ami, de penser que je possède cet art. Eux, qui point ne savent, ce n’est pas cela qu’ils disent de moi, mais bien que je suis tout à fait bizarre et ne crée dans les esprits que perplexités. As-tu ouï dire cela aussi ?

Théétète
— Oui donc.

Socrate
— T’en dirai-je la cause ?

Théétète
— Je t’en prie absolument.

Socrate
— Rappelle-toi tous les us et coutumes des accoucheuses, et tu saisiras plus facilement ce que je veux t’apprendre... Mon art de maïeutique a mêmes attributions générales que le leur. La différence est qu’il délivre les hommes et non les femmes et que c’est les âmes qu’il surveille en leur travail d’enfantement, non point les corps. Mais le plus grand privilège de l’art que, moi, je pratique est qu’il sait faire l’épreuve et discerner, en toute rigueur, si c’est apparence vaine et mensongère qu’enfante la réflexion du jeune homme, ou si c’est fruit de vie et de vérité. J’ai, en effet, même impuissance que les accoucheuses [3]. Enfanter en sagesse n’est point en mon pouvoir, et le blâme dont plusieurs déjà m’ont fait opprobre, qu’aux autres posant question je ne donne jamais mon avis personnel sur aucun sujet et que la cause en est dans le néant de ma propre sagesse, est blâme véridique. La vraie cause, la voici : accoucher les autres est contrainte que le dieu m’impose ; procréer est puissance dont il m’a écarté. Je ne suis donc moi-même sage à aucun degré et je n’ai, par-devers moi, nulle trouvaille qui le soit et que mon âme à moi ait d’elle-même enfantée. Mais ceux qui viennent à mon commerce, à leur premier abord, semblent, quelques-uns même totalement, ne rien savoir. Or tous, à mesure qu’avance leur commerce et pour autant que le dieu leur en accorde faveur, merveilleuse est l’allure dont ils progressent, à leur propre jugement comme à celui des autres. Le fait est pourtant clair qu’ils n’ont jamais rien appris de moi, et qu’eux seuls ont, dans leur propre sein, conçu cette richesse des beaux pensers qu’ils découvrent et mettent au jour.